Un show sous le ciel du Texas

Pour son grand retour, le Roadster n’a pas choisi un salon automobile mais McGregor, au Texas, là où SpaceX fait rugir ses moteurs de fusée. Le décor était planté, et l’attente aussi : Elon Musk avait promis une démonstration « inoubliable » pour fin 2025, avant que les dates du 1er avril puis du 1er octobre 2026 ne sautent à leur tour, la seconde pour cause de météo. Ironie du sort pour une voiture censée défier la gravité, c’est le ciel qui a eu le dernier mot.
Sur scène, Elon Musk et Lars Moravy, vice-président de l’ingénierie véhicule de Tesla. Musk a d’abord justifié la présence du public par un argument très 2026 : il fallait des témoins pour prouver que ce qui allait suivre n’était pas généré par une IA. Puis il a prévenu, prudent : « Le succès n’est pas garanti. »
La tête à l’envers, puis par-dessus les voitures

Première démonstration : le Roadster s’élance sur une immense rampe incurvée, façon half-pipe de skate, jusqu’à rouler complètement à l’envers. Ce sont ses ventilateurs, placés sous la caisse, qui le plaquent à la paroi en créant une aspiration capable de « tirer jusqu’à 2 G », selon Lars Moravy. Arrivée en haut, la voiture se décroche, pivote dans les airs à l’aide de ses propulseurs et retombe proprement sur ses quatre roues. Commentaire sobre d’Elon Musk : « Eh bien, ça a marché. »
Deuxième numéro : lancé sur la piste, le Roadster décolle et franchit d’un bond une rangée de Tesla alignées, Cybertruck et camion Semi compris, avant de se reposer de l’autre côté. Les plus attentifs auront noté un détail : personne n’était à bord. Les démonstrations suivaient une séquence préprogrammée. La première voiture volante de Tesla a donc été pilotée par un ordinateur, ce qui est assez cohérent pour une marque qui mise tout sur la conduite autonome.
« Il s’avère que le futur a bien des voitures volantes. » — Elon Musk, à McGregor
Comment ça vole ? À l’air comprimé

Oubliez les flammes et le grondement d’un Raptor. Le Roadster utilise des propulseurs à gaz froid, développés avec SpaceX : du gaz comprimé est stocké dans des réservoirs composites, du même type que ceux utilisés dans l’industrie spatiale, puis relâché par des tuyères réparties sur la carrosserie. Pas de combustion, pas de carburant : un compresseur embarqué se charge de remplir à nouveau les réservoirs. C’est, en somme, le principe d’un ballon de baudruche qu’on lâche, avec un peu plus de rigueur dans la trajectoire.
Ces propulseurs ne servent pas qu’à sauter. Tirés vers l’arrière, ils poussent la voiture en ligne droite avec, selon Tesla, quatre à cinq fois la force que les pneus peuvent transmettre au sol. C’est ce qui permet d’échapper à la limite habituelle d’adhérence et d’afficher ce fameux 0 à 97 km/h en 0,81 seconde, mesuré lors d’un essai enregistré et présenté comme le plus rapide jamais réalisé par une voiture de série. Le chiffre n’a pas encore été vérifié par un organisme indépendant.
Reste une nuance de taille : il ne s’agit pas d’un vol au sens d’un avion ou d’un drone, mais de sauts de quelques secondes. Tesla n’a communiqué ni la durée possible en l’air, ni le nombre de manœuvres permises par une charge de gaz. Le Roadster ne survolera donc pas les embouteillages de l’A86. Pas encore, diront les optimistes.
Trois versions, du bitume au ciel

Tesla décline son Roadster en trois niveaux, avec des slogans qui résument bien la gradation. La version Performance, deux places, se contente d’une aérodynamique active et du système d’aspiration : elle est présentée comme « prête pour la route ». La Thrust ajoute des propulseurs à l’arrière pour l’accélération et se dit « prête pour la piste ». Enfin, la Rocket, monoplace, embarque le système de vol complet et se déclare « prête pour les airs ». Elle n’est accessible que sur invitation et n’est pas homologuée pour la voie publique.
Côté design, signé Franz von Holzhausen, Tesla revendique une « esthétique aérospatiale » inspirée de l’avion espion SR-71 et du chasseur F-35 : coupé aux lignes anguleuses, portes en élytre, aileron déployable, sièges moulés directement dans le châssis et direction électronique, sans liaison mécanique entre le volant et les roues.
Et le prix ? Mystère. Aucun tarif définitif n’a été annoncé. Les réservations, ouvertes sur le site américain de Tesla, demandent un acompte de 50 000 dollars pour la Performance et de 250 000 dollars pour la Thrust. En 2017, Tesla annonçait un prix de départ de 200 000 dollars. La production est désormais prévue pour 2028, sans calendrier pour l’Europe.
Une promesse revue à la baisse (sauf en altitude)

Petit retour en arrière. En novembre 2017, Tesla dévoilait un premier prototype du nouveau Roadster et promettait des livraisons en 2020. Puis la marque a donné la priorité aux modèles grand public, au Cybertruck, à la conduite autonome et au robot Optimus. Entre-temps, certains clients célèbres ont fini par réclamer le remboursement de leur acompte.
Comparer les fiches techniques est instructif. En 2017, Tesla annonçait 1,9 seconde de 0 à 97 km/h, plus de 400 km/h en pointe et près de 1 000 km d’autonomie. Aujourd’hui, l’accélération a fondu de plus de moitié, mais la vitesse de pointe est annoncée à plus de 370 km/h et l’autonomie autour de 480 km. Le Roadster a gagné des ailes, il a perdu des kilomètres. Elon Musk vise malgré tout, à terme, « la moitié de la vitesse du son ».
Il y a aussi la question de la sécurité, qu’Elon Musk a lui-même balayée avec un certain flegme : le Roadster n’est « pas nécessairement une voiture optimisée pour la sécurité ». Interrogé sur la légalité de ses fonctions de vol sur route ouverte, il a répondu : « Ça dépend de votre rue. » En Europe, on voit mal un contrôle technique valider des tuyères à gaz sous pression.
La dernière voiture des humains

Le plus étonnant n’est peut-être pas le vol, mais le paradoxe. Tesla présente son Roadster comme sa seule voiture à conduite manuelle, « la meilleure des dernières voitures conduites par des humains ». Une vitrine technologique plus qu’un produit de volume, de l’aveu même d’Elon Musk, qui ne compte pas sur lui pour redresser des ventes en recul. Ses vraies retombées pourraient d’ailleurs se trouver ailleurs : l’aérodynamique active et l’aspiration pour gagner en adhérence intéresseront bien au-delà des amateurs de cascades.
Un clin d’œil, pour finir. Le premier Roadster de Tesla, celui de Musk, tourne autour du Soleil depuis février 2018, envoyé dans l’espace par une Falcon Heavy avec un mannequin baptisé Starman au volant. Son successeur, lui, se contente de quelques mètres d’altitude et de quelques secondes de vol. C’est moins loin, mais il a l’avantage de revenir. Doc Brown l’avait prédit : là où l’on va, on n’a pas besoin de routes. Il avait juste oublié de préciser qu’il faudrait encore attendre 2028.
LE ROADSTER EN CHIFFRES (ANNONCÉS PAR TESLA)
- 0 à 97 km/h : 0,81 s (essai enregistré, non vérifié de façon indépendante)
- Vitesse de pointe : plus de 370 km/h
- Autonomie : environ 480 km
- Performance : 2 places, aérodynamique active et aspiration par ventilateurs, « prête pour la route ». Acompte : 50 000 $
- Thrust : 2 places, propulseurs à gaz froid à l’arrière, « prête pour la piste ». Acompte : 250 000 $
- Rocket : 1 place, système de vol complet, non homologuée sur route. Sur invitation uniquement
- Prix définitif : non communiqué
- Production : prévue en 2028
La durée de vol, le poids et la capacité de la batterie n’ont pas été communiqués.
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