Gears of War : vingt ans de guerre, de tronçonneuses et de secrets de famille

Le 6 octobre 2026, Gears of War: E-Day a ramené Marcus Fenix au jour où tout a commencé. Dans un mois, le 7 novembre, la saga fêtera ses vingt ans. Une licence où l'on règle l'essentiel des désaccords avec un fusil équipé d'une tronçonneuse mérite bien qu'on la reprenne dans l'ordre, et avec un minimum de sérieux. D'abord l'histoire de la planète Sera, telle que les jeux et les romans la racontent. Ensuite l'histoire, bien réelle celle-là, de ceux qui l'ont inventée : les studios, puis les auteurs. Attention : la première partie divulgâche toute la saga, E-Day excepté.

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Partie 1 — Le lore

Sera, une planète qui a trouvé mieux que le pétrole

Gears of War ne se déroule pas sur Terre mais sur Sera, une planète qui lui ressemble beaucoup, défauts compris. Après des millénaires de conflits, l’humanité y connaît un âge d’or scientifique et culturel. Puis elle bute sur un problème familier : elle consomme plus d’énergie qu’elle n’en produit.

La solution s’appelle l’Imulsion, un liquide lumineux tapi dans les cavernes du sous-sol, the Hollow. Une fois raffinée, elle règle la crise énergétique. Elle ruine aussi les nations qui n’en possèdent pas, ce qui règle nettement moins de choses.

79 ans de Guerres Pendulaires

Sera se scinde en deux blocs : la Coalition des Gouvernements Unis (CGU, COG en VO) et l’Union des Républiques Indépendantes (URI). Ils se disputent l’Imulsion pendant 79 ans, sans vainqueur.

Le tournant a lieu à Aspho Fields. Un commando de la CGU, où servent Marcus Fenix, Dominic Santiago et Victor Hoffman, y vole les plans du Marteau de l’Aube, un réseau de satellites capables de frappes laser depuis l’orbite. Carlos Santiago, frère de Dom et ami d’enfance de Marcus, n’en revient pas.

Le professeur Adam Fenix, père de Marcus, achève l’arme. Une démonstration sur un navire ennemi suffit : l’URI capitule.

Le Jour de l’Émergence

La paix dure six semaines. Puis la Horde Locuste sort de terre, partout à la fois, et tue un quart de l’humanité en 26 heures. C’est le Jour de l’Émergence, E-Day.

Un an plus tard, la CGU du président Richard Prescott prend la décision qui donne son ton à tout l’univers. Elle se replie sur le plateau de Jacinto, dont le granit résiste aux tunnels, et retourne le Marteau de l’Aube contre ses propres villes pour ne rien laisser à l’ennemi.

Ceux qui survivent hors du plateau deviennent les Échoués. Ils en gardent une certaine rancune, et on les comprend.

Marcus Fenix, héros sorti de prison

Dix ans après E-Day, la capitale Ephyra tombe. Marcus abandonne son poste pour tenter de sauver son père, échoue, passe en cour martiale et écope de quarante ans de prison.

Quatre ans plus tard, la CGU manque tellement de soldats que Dom vient l’en sortir. C’est l’ouverture du premier jeu. L’escouade Delta réunit Marcus, Dom, le technicien sarcastique Damon Baird et l’ex-star du sport Augustus « Cole Train » Cole.

Leur mission : cartographier les tunnels locustes, puis y faire exploser une bombe Lightmass. Ils y parviennent grâce aux recherches laissées par Adam Fenix, et abattent au passage le général RAAM. La reine des Locustes promet que la guerre continue. Elle tient parole.

Couler sa propre ville pour gagner

Gears of War 2, six mois plus tard. Les Locustes engloutissent des villes entières à l’aide d’un ver géant. La CGU contre-attaque sous terre. Dom y retrouve sa femme Maria, brisée par la captivité, dans la scène la plus dure de la série.

Delta découvre aussi pourquoi la Horde est montée en surface : elle fuit les Lambents, des créatures mutées par l’Imulsion. Pour noyer tout ce monde, la CGU finit par couler Jacinto elle-même.

Gears of War 3, dix-huit mois après. La CGU s’est dissoute et les survivants errent. L’Imulsion se révèle être un parasite qui contamine tout le vivant. Adam Fenix, que l’on croyait mort, travaille en secret sur l’île d’Azura à une arme capable de l’éradiquer.

Dom se sacrifie pour sauver l’escouade. Adam déclenche son dispositif en sachant qu’il n’y survivra pas. Marcus tue la reine Myrrah, pose son fusil, et la trilogie se referme sur une plage.

Le grand secret : les Locustes, c’est nous

La révélation est distillée de Gears of War 2 à Gears 5 : les Locustes ne viennent ni de l’espace ni du fond des âges. Ils sortent d’un laboratoire de la CGU.

Au centre de recherche New Hope, des scientifiques ont mené des expériences sur des enfants atteints du Rustlung, une maladie pulmonaire causée par l’Imulsion, en y mêlant l’ADN de créatures des profondeurs. Résultat : les Sires. Puis, à partir des cellules de Myrrah, une patiente naturellement immunisée, naissent les Locustes, dont elle devient la reine.

Adam Fenix connaissait leur existence avant E-Day. Il cherchait avec Myrrah un remède au fléau lambent pour éviter l’invasion, et ne l’a pas trouvé à temps. Le comics The Rise of RAAM montre l’autre camp : une Horde en train de perdre sa guerre souterraine, et un officier ambitieux qui convainc sa reine que la surface ferait un bien meilleur domicile.

C’est tout le propos de la saga : derrière les monstres, il y a toujours une décision humaine, prise par quelqu’un qui pensait bien faire.

Vingt-cinq ans après : la Vermine

Gears of War 4. L’arme d’Adam n’a pas tué les Locustes. Elle les a figés dans une coque de cristal, où ils ont muté. Ils reviennent sous le nom de Vermine (the Swarm en VO).

La CGU reconstruite, gardée par des robots et dirigée par la Première ministre Jinn, a pris un tour autoritaire. Trois jeunes gens lui tournent le dos : JD Fenix, fils de Marcus et d’Anya Stroud, son ami Del Walker et Kait Diaz. Marcus, lui, aurait préféré s’occuper de ses tomates.

Gears 5. Kait enquête sur le collier de sa grand-mère, frappé de l’emblème locuste. Elle découvre que cette grand-mère était Myrrah, et qu’elle est donc l’héritière du trône. Elle coupe le lien ; la Vermine se choisit une autre reine, sa mère Reyna.

Le jeu se termine sur un choix cruel entre JD et Del, et sur une guerre ouverte. Cette fin attend sa suite depuis 2019.

Repères chronologiques

PériodeÉvénementsOù les vivre
Avant E-DayGuerres Pendulaires, bataille d’Aspho FieldsRoman Aspho Fields
Jour de l’ÉmergenceLa Horde Locuste envahit la surfaceGears of War: E-Day
Premiers moisProcès de l’escouade Kilo à Halvo BayGears of War: Judgment
1 an aprèsTraque du généticien Ukkon, frappes du Marteau de l’AubeGears Tactics, roman Jacinto’s Remnant
9 à 10 ans aprèsChute d’Ilima puis d’Ephyra, Marcus emprisonnéRAAM’s Shadow (extension de Gears 3), roman The Slab
14 ans aprèsOffensive LightmassGears of War (et ses remasters)
6 mois plus tardOpération sous terre, Jacinto engloutieGears of War 2
18 mois plus tardFin de la guerre locusteGears of War 3
25 ans plus tardRetour de l’ennemi sous forme de VermineGears of War 4, Gears 5, Hivebusters

Partie 2 — La genèse des jeux

Au départ, un jeu de robots multijoueur

Vers 2000-2001, chez Epic Games, le projet s’appelle Unreal Warfare. Il n’a presque rien du futur Gears : des classes de personnages, des méchas, des arènes où l’on s’affronte en ligne. Epic le met en pause pour enchaîner les Unreal Tournament.

Quand l’équipe y revient, l’industrie s’est tournée vers les grandes campagnes solo. Le projet change de nature, et de nom.

Trois parrains et un clin d’œil

Cliff Bleszinski, le concepteur principal, n’a jamais caché ses emprunts. La caméra à l’épaule et le rythme viennent de Resident Evil 4. Le système de couverture vient de kill.switch. Et l’idée de bondir d’un abri à l’autre lui évoque Bionic Commando, où l’on se balance de plateforme en plateforme.

Le producteur Rod Fergusson raconte une phase plus horrifique, nourrie par la série Band of Brothers. Une intrigue amoureuse a même été envisagée, puis abandonnée, ce que personne n’a songé à regretter. Quant au titre, c’est un hommage à Metal Gear.

10 millions de dollars, 512 Mo et une tronçonneuse

Le développement coûte environ 10 millions de dollars, hors moteur, pour 20 à 30 personnes mobilisées à la fois, selon Mark Rein d’Epic. Une somme modeste pour ce qui devient la vitrine de l’Unreal Engine 3.

La première démo, montrée à huis clos à la GDC 2005, a une conséquence inattendue. Tim Sweeney, fondateur d’Epic, s’en sert pour convaincre Microsoft de doubler la mémoire de la Xbox 360, de 256 à 512 Mo. La facture se chiffre en dizaines de millions de dollars selon le journaliste Dean Takahashi ; un titre d’Eurogamer de 2006 parle carrément d’un milliard.

Autre épisode : à quelques jours de l’E3 2006, Peter Moore, patron de Xbox, veut retirer le fusil-tronçonneuse de la démo. Il reste. Après la présentation, Bill Gates confie à Bleszinski qu’il adore cette tronçonneuse.

Marcus Fenix, lui, reçoit la voix de John DiMaggio, connu ailleurs pour celle de Bender dans Futurama. Et le morceau-titre est signé Megadeth. La subtilité viendra d’ailleurs.

« Mad World », la publicité qui change le ton

Elle vient du spot télévisé. On y voit Marcus seul dans une ville en ruines, sur la reprise de « Mad World » par Gary Jules. C’est mélancolique, lent, à l’opposé de ce que la publicité de jeux de tir faisait alors.

Le film est réalisé par Joseph Kosinski, futur réalisateur de Top Gun: Maverick, après le désistement de David Fincher. La chanson remonte en tête des ventes sur iTunes, cinq ans après son enregistrement. Bleszinski dira l’avoir choisie parce qu’elle l’accompagnait pendant son divorce.

7 novembre 2006 : le succès

Gears of War sort sur Xbox 360 et se vend à un million d’exemplaires en deux semaines, trois millions en dix. Il obtient 94 sur Metacritic, plus de trente titres de jeu de l’année, et détrône Halo 2 en tête du Xbox Live.

Son héritage tient en un geste : se plaquer contre un muret. Le jeu impose le système de couverture à toute une génération de jeux d’action. Selon Lucas Pope, ancien de Naughty Dog, le premier Uncharted a été retardé pour s’en rapprocher.

La trilogie Epic, puis le passage de témoin

Gears of War 2 (2008) invente le mode Horde, où une équipe encaisse des vagues d’ennemis ; la moitié de l’industrie le copiera. Gears of War 3 (2011), écrit par la romancière Karen Traviss, conclut l’histoire de Marcus. Judgment (2013), codéveloppé avec People Can Fly, sert d’épilogue en demi-teinte.

Bleszinski quitte Epic en 2012. Le 27 janvier 2014, Microsoft rachète la licence : elle pèse alors plus de 22 millions de jeux vendus et un milliard de dollars de recettes. Le studio Black Tusk de Vancouver en hérite, récupère Rod Fergusson et se rebaptise The Coalition en 2015.

Suivent Gears of War 4 (2016) et Gears 5 (2019), tous deux à 84 sur Metacritic et mis en musique par Ramin Djawadi, le compositeur de Game of Thrones. Fergusson part chez Blizzard en 2020.

Reloaded, E-Day et le retour aux sources

En août 2025, Gears of War: Reloaded amène le premier épisode sur PlayStation 5, une première pour la série. Le symbole est fort : la mascotte la plus musclée de Xbox en visite chez le voisin.

Gears of War: E-Day, annoncé le 9 juin 2024 et codéveloppé avec People Can Fly, fait le chemin inverse. Sorti le 6 octobre 2026 sur Xbox Series et PC uniquement, sous Unreal Engine 5, il revient quatorze ans avant le premier jeu, dans la ville de Kalona. Sa campagne dépasse 14 heures, la plus longue de la saga.

L’accueil est bon : 88 sur Metacritic au lancement sur Xbox, soit au-dessus de Gears 4 et Gears 5, sans rejoindre la trilogie d’Epic (94, 93 et 91). Deux voix dissonantes, le Guardian (6/10) et Gamekult (5/10). Les tests ne portaient que sur la campagne ; le multijoueur reste à juger.

Tous les jeux

JeuSortieStudio
Gears of War7 novembre 2006Epic Games
Gears of War 27 novembre 2008Epic Games
Gears of War 320 septembre 2011Epic Games
Gears of War: Judgment19 mars 2013Epic Games, People Can Fly
Gears of War: Ultimate Edition25 août 2015The Coalition
Gears of War 411 octobre 2016The Coalition
Gears Pop! (mobile, fermé en 2021)22 août 2019Mediatonic
Gears 510 septembre 2019The Coalition
Gears Tactics28 avril 2020Splash Damage
Gears of War: Reloaded26 août 2025The Coalition, Sumo Digital, Disbelief
Gears of War: E-Day6 octobre 2026The Coalition, People Can Fly

Partie 3 — La genèse des livres

Karen Traviss, la plume venue du journalisme de défense

En juillet 2008, Epic et l’éditeur Del Rey annoncent une série de romans. Ils la confient à Karen Traviss, ancienne journaliste et correspondante défense, déjà appréciée pour ses Star Wars: Republic Commando. Elle sait écrire des soldats qui parlent comme des soldats, et c’est exactement ce qui manquait aux jeux.

La trilogie prévue devient cinq romans, tous canoniques. Ils ne novélisent pas les jeux : ils comblent les trous entre eux. La greffe prend si bien qu’Epic engage Traviss comme scénariste principale de Gears of War 3. Anvil Gate et Coalition’s End mènent donc tout droit au jeu qu’elle écrit en parallèle.

RomanParution (VO)Ce qu’il raconte
Aspho Fields28 octobre 2008La bataille qui clôt les Guerres Pendulaires, et la jeunesse de Marcus, Dom et Carlos
Jacinto’s Remnant2009L’exode après Gears 2 ; en parallèle, la décision de frapper Sera au Marteau de l’Aube
Anvil Gate31 août 2010L’arrivée des Lambents, et un vieux siège qui hante le colonel Hoffman
Coalition’s End2011La fin de la CGU, jusqu’aux portes de Gears 3
The Slab2012Les années de prison de Marcus, et les secrets d’Adam Fenix

En France, Milady lance la traduction dès 2009 avec Aspho Fields, suivi des Vestiges de Jacinto en 2010.

L’ère The Coalition : Hough et Stackpole

Quand la saga redémarre, Titan Books relance les romans avec de nouveaux auteurs. Jason M. Hough signe Ascendance (2019), qui relie Gears 4 à Gears 5, puis Bloodlines (2020), centré sur Gabriel Diaz, le père de Kait, et qui prépare Gears Tactics.

Michael A. Stackpole écrit ensuite Ephyra Rising (2021). Le roman couvre les lendemains de Gears 3 : Marcus et Anya dans un monde où il n’y a plus personne à tronçonner, ce qui pose d’autres problèmes.

Les comics

Une première série paraît chez WildStorm (DC) de décembre 2008 à 2012. Joshua Ortega, scénariste de Gears of War 2, l’écrit d’abord, avec Liam Sharp au dessin. Elle introduit Jace Stratton, que l’on retrouve dans Gears 3.

IDW reprend le flambeau avec The Rise of RAAM (2018), récit de l’ascension du général locuste avant E-Day, puis Hivebusters (2019), prolongé par l’extension du même nom pour Gears 5.

2026 : retour en librairie

La sortie d’E-Day remet Aspho Fields en avant : son éditeur le présente désormais comme le récit qui mène droit aux événements du jeu. Un beau livre, The Art and Making of Gears of War: E-Day, accompagne aussi le lancement, préfacé par Aryan Hanbeck, directeur artistique de The Coalition.

Par où commencer

  • Pour prolonger E-Day : Aspho Fields. C’est le meilleur portrait de Marcus et Dom, et le prologue naturel du jeu.
  • Pour comprendre Marcus : The Slab.
  • Pour l’après-guerre : Ephyra Rising.
  • Pour voir la guerre côté Locustes : le comics The Rise of RAAM.

Et maintenant ?

Un film, enfin. Le projet traîne depuis 2007 : New Line d’abord, avec Len Wiseman à la réalisation, puis Universal en 2016. Netflix a repris les droits le 7 novembre 2022, pour un long-métrage et une série animée pour adultes.

Jon Spaihts, coscénariste de Dune, écrit le film depuis 2023. David Leitch (Bullet Train, The Fall Guy) le réalise depuis mai 2025. En juin 2026, un premier synopsis a filtré via Entertainment Weekly : le film racontera les origines de l’escouade Delta. Ni casting ni date pour l’instant.

Une suite, toujours. E-Day regarde en arrière et laisse entière la question posée par la fin de Gears 5 en 2019. Kait, JD, Del et la reine Reyna attendent leur tour. Vingt ans après, la guerre de Sera n’est donc finie ni dans un sens, ni dans l’autre.

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